Docteur Danche contre le Vert Printemps, par le Docteur Danche
Le Vert Printemps fait partie intégrante du mythe de la DS : après des années de noir et de gris, Citroën, sur son nouveau modèle amiral tout en ruptures, osait une couleur à l'Américaine, tranchante, insolite, inoubliable.
La proposer sur une voiture hypermoderne comme la DS semblait logique. Mais les acheteurs du modèle, souvent des notables bien établis, ne se bousculèrent pas pour acheter une guimbarde leur donnant l'air de fantaisistes Pop' Art : le Vert Printemps du nuancier fut donc un échec commercial complet, et aujourd'hui la couleur fait rêver les collectionneurs de DS, du fait justement de sa rareté.
Mais quelles traces historiques photographiques de DS Vert Printemps ? Combien de DS Vert Printemps survivantes ?
Quelle est la vraie teinte de ce vert qui apparaît tellement différent sur certaines photos d'époque ?
Quelles erreurs éviter dans la restauration?
Tel est l'objet de cet approfondissement par le Dr Danche.
La sortie de la DS au salon 55
L'une des DS du salon est verte.
Mais est-ce vraiment ce que l'on appellera ensuite "Vert Printemps", j'en doute, ce vert semble sensiblement plus foncé.

Rien n'est définitif sur cette voiture : le plastique du tableau de bord est clair, et non pas aubergine comme ce sera le cas en série. Et par ailleurs, on voit sur cette seconde photo que l'intérieur des panneaux de porte est de couleur caisse, il n'y a pas encore la découpe pour du champagne que l'on verra en série pour les DS Vert Printemps, et qui sera commentée plus bas.

Les protos
2015 W0, du fameux article de Science et Vie

2049 W0, proto accidenté avec la presse au Tertre rouge, au Mans
Une analyse des différents clichés de l'accident montre bien des panneaux
de portes clairs et Jean Satin
dit bien dans l'interview que la DS était verte.


Il existe plusieurs versions de ce qui s'est passé le jour de cet accident (voir l'invraisemblable descriptif de l'éblouissement par un reflet sur de l'émail dans "l'Automobile" numero 116 de Décembre 1955, le journaliste prétendant en sus qu'il n'y avait eu aucun changement de conducteur), mais la bonne est bien sûr celle de Jean Satin. Ce journaliste trop impétueux était Jacques Jules Guy Joël Meniolle de Cizancourt ("Joël de Cizancourt") et en 1961 un de ses coups de poings, pour une rayure supposée à sa voiture, conduisit effectivement à la mort, comme le dit Jean Satin, un homme nommé Albert Gilou.
4799 W0, non située mais ravissante
L'offre catalogue
Pour créer le premier catalogue DS, une DS Vert Printemps se présente sous les feux de la rampe.


Dans ce même catalogue, une indication sur la couleur des sièges : c'est du vert qui est proposé.

Le premier courrier d'Octobre 1955 ne révèle pas les noms officiels.
(Même le "champagne" est qualifié du peu commercial "gris vert")

Le premier nuancier commercial envoyé au réseau reste sur des "ensembles", non nommés.

Le document suivant donnera ces noms.
Ce vert est donc le "Vert Printemps", le AC505.
Le document ajoute la possibilité d'un intérieur gris en plus du vert.
Les caractéristiques des DS Vert Printemps
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Certaines parties du tableau de bord des DS Vert Printemps sont
Vert Printemps (mais seulement
pour les toutes premières). Cela a été investigué ici,
avec en exemple la DS du triporteur (numéro 167).

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Des panneaux de portes de couleur champagne, et non
pas verts, avec une découpe au niveau de la tranche de portière. Cela
a été investigué ici.

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Le châssis des DS Vert Printemps observées jusqu'à présent est
souvent gris, et non noir.
Ce mystère de deux couleurs de coques utilisées en parallèle,
a été investigué ici.

Les photos de presse en Vert Printemps
La photo pour Paris Match en 1955 avec les DS récemment produites rassemblées
derrière Javel.
Il y a deux vert Printemps dans le fond (cliquez pour l'agrandir).
Cette photo avait fait l'objet d'un quizz.

Le shooting presse au Parc de Saint Cloud



le shooting presse de la DS qui devint ID
la découpe de portière ne laisse aucune doute: cette voiture était Vert Printemps!
Les photos d'époque de DS en Vert Printemps en France
La numéro 22, livrée à Michelin. Cette photo me laisse penser qu'elle avait son tour de compteur vert.

La numéro 167, du triporteur, elle aussi avec un tour de compteur vert, on l'a vu.

La numéro 369, immatriculée au nom de la CGA (Compagnie Générale d'Assurances), au 26 rue Drouot, qui deviendra Axa.
Cet homme promenant ses chiens en DS Vert Printemps est-il un haut responsable de cette compagnie ?
Ici Francine Lelut, rat d'opéra immortalisée près d'une DS Vert Printemps dans une série de clichés en 1956.

Et enfin, une photo non datée place de la Concorde, mettant en scène les voitures marquantes du millésime 57, dont le cabriolet 403. Mais déjà au millésime 57, la couleur Vert Printemps était moins utilisée par Citroën pour la promotion de son produit phare.

Les photos d'époque de DS en Vert Printemps à l'étranger
Voici le salon de Stockholm 56. Trois DS sont exposées, dont cette DS Vert Printemps.
L'analyse complète de Michael des registres d'importation en Finlande nous a montré qu'en tout et pour tout, 4 DS Vert Printemps y furent vendues (sur une petite soixantaine sur les millésimes 56 et 57 cumulés).
Voici la numéro 1643, première DS vendue neuve en Finlande et engagée au rallye des mille lacs.
Sur cette photo, on repère bien la découpe des panneaux de porte Champagne.

Ici une version colorisée par IA pour "mon Ami Citroën", le site Finlandais de référence.

Ici le Vert Printemps en Allemagne. 4896 OE 25 est une plaque d'immatriculation de la région de la Sarre, quand elle a été pour la seconde fois un protectorat français (de Mai 1945 jusqu'au 31 Décembre 1956) ; c'est donc ici, au vu des panneaux de portes, une DS Vert Printemps d'avant le 01/01/1957. Cette photo avait fait l'objet d'un quizz.

Et voici le Vert Printemps aux USA.
On connait cette photo d'époque de dealer à Santa Monica.
Par ailleurs, en Octobre 56, une DS Vert Printemps est expertisée en détail par Motor Trend
On dispose du shooting complet en Noir et Blanc de cette voiture, avec ses détails.


Les 5 authentiques survivantes Vert Printemps d'origine
Le Vert Printemps n'a été proposé que sur les millésimes 56 et 57, donc
pas au delà du numéro de série 25 476.
Et on peut conjecturer que la teinte s'est plus vendue à l'étranger, voire
s'est interrompue en France avant la fin du millésime 57, au vu de son
échec commercial.
Si on extrapole les stats finlandaises (4 DS vert printemps sur 60 exportées),
ça nous donnerait un ordre de grandeur de 1500 DS vert Printemps
vendues. Mais ce chiffre est un grand maximum, car les stats finlandaises
ne sont sans doute pas extrapolables, et je parierais plutôt sur 500 exemplaires
vendus. On en connait
5 survivantes.
Sur ces 5 modèles identifiés à date, un seul est un modèle 56 France, tous les autres sont des modèles 57 export.
La DS millésime 56 numéro 5613, un modèle France qui avait été remis en route par le regretté Jean Paul Cardinal, qui a été exposé récemment non roulant dans les salons, et est en attente d'une restauration plus profonde.

La DS millésime 57 numéro de série 6177, export USA, aux USA, en attente de restauration (à ma connaissance).

Un modèle export USA de Juin 57, numéro 23577, resté en France, en attente de restauration (à ma connaissance).

Un modèle 57 export USA, aux USA, en état "présence dans la grange" (à ma connaissance).
Et la DS export Suède de Michael, de couleur Grön, qui est sortie de restauration en 2026 et que je présenterai en détail le mois prochain.
Les évocations, avec des DS repeintes en Vert Printemps et des erreurs pas toujours évitées : panneaux de portes et jupe avant.
Ici la DS "évocation de Vert Printemps" du musée Volkswagen
de Wolfsburg.
C'est en réalité le fameux Suppositoire
Téléguidé, qui était gris rosé d'origine.
On voit que la restauration a raté les panneaux de portes, faits à
tort en vert.
Ici la DS "évocation de Vert Printemps" qui avait été restaurée
par Ludo à partir d'une DS noire.
On voit que la restauration a raté la jupe, en la faisant verte et non
noire.
L'évocation ultime du Vert Printemps: la DS d'Emanuele
Enfin, voici l'extraordinaire restauration d'Emanuele, partant d'une DS noire intérieur gris de millésime 56 et arrivant à la plus belle DS sur les routes de la planète, qu'elle soit verte ou pas verte.
On la voit avec un immense bonheur depuis quelques années, venant par la route aux différents rassemblements majeurs.
